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Djelâl eddîn-i-Roûmî
Le titre de Mevlânâ,
"notre maître", montre l'importance
que lui reconnaît le monde musulman. |
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Depuis le XIIIe siècle jusqu'à
nos jours, le grand poète mystique Mevlânâ Djelâl-eddîn-i-Roûmî a eu
une influence ininterrompue et profonde sur les littératures persanes,
hindoustani et turque.
L'ordre des Derviches
tourneurs, fondé par ses successeurs en souvenir de lui, a continué à
maintenir sa réputation. Il a fait de lui un homme extraordinaire auréolé de
mystère et de sainteté.
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Djelâl-Eddîn
naquit aux
premières années du XIIIe siècle (604 de l'Hégire, 1207 de J.C).
Il était de race royale par sa
mère et sa grand-mère, et appartenait à une famille de savants par son père
BAHA-EDDIN-VELED, qui émerveillait le Kharzem par son enseignement, sous ce
titre SOULTAN-UL ULEMA (Sultan des savants), mais plus haut encore,
par un privilège du ciel, il appartenait à l'espèce de ceux en qui le divin
respire.
Il était tout jeune encore
quand, sur l'ordre du Sultan Koutb Eddin Kharezm-Schah, qui craignait son
influence, son père fut obligé de quitter Balk.
Le père et le fils allèrent à
Nichapour, où se trouvait le célèbre mystique Ferid-Eddin Attar, qui dédia
son oeuvre Esrar-Nahmeh (le livre des mystères), au petit Djelal, grand
poète du futur.
Puis ils se rendirent à
Bagdad, à la Mecque, à Damas, à Malatya, à Erzincan, à Larendeh, où ils
séjournèrent pendant sept ans, et c'est là que Djelal-Eddin épousa Gevher
Khatoun, fille du savant LÂLÂ CHEREFFEDDIN, de Samarkand.
Quelques années après, ils
s'installèrent à Koniah où ils furent très bien accueillis par le Sultan
ALA-EDDIN KAYKOUBAB. Son père s'était acquis de nombreux disciples lorsqu'il
mourut cinq ans après.
Le plus assidu des disciples
de son père, SEÏD BURHAN-EDDIN MOUHAKKIK, de Termez, qui s'occupait de
l'éducation de Djelal-Eddin, continua de lui donner une éducation pieuse,
inspirée de la mystique orthodoxe de Gazali.
Sur ces entrefaites, un
miracle réveilla à la lumière la pensée de Djelal-Eddin "à la manière d'une
allumette qui allume une lampe".
Ce miracle était
CHEMS DE
TEBRIZ (soleil de Tebbriz),
un derviche errant, soupçonné d'être d'un
famille Ismaïlienne., un homme d'une forte volonté, qui aimait à exercer son
influence sur les autres. Il vivait dans un extase perpétuelle et, bien
qu'illettré , s'assimilait facilement les théories les plus hardies de la
philosophie mystique.
Il eut une entrevue avec
Djelal-Eddin et, à partir de cette date, une métamorphose intégrale et
extraordinaire se produisit dans le poète.
Les premiers préceptes
mystiques de Djelal-Eddin furent complètement changés sous cette influence
dominatrice.
CHEMS lui enseigna la
danse spirituelle qui était prohibée par les Ulémas. Il fut l'inspirateur de
sa poésie. Il éveilla en lui une extase profonde, démesurée, un amour ardent
et irrésistible de la musique et de la littérature, enfin de toutes les
manifestations de la"beauté souveraine".
Mais leur union ne fut pas
très longue. Obsédé par la jalousie et la haine de ses adversaires, Chems,
derviche errant, quitta Koniah pour un bref séjour à damas, mais touché par
les les poèmes désolés et les supplications ferventes et continuelles de
Mevlânâ, il s'en retourna aussitôt à Koniah.
Mevlânâ fut très heureux de
retrouver son ami et le maria à sa fille adoptive Kîmîa, mais cet événement
accrut l'antipathie et le ressentiment des ennemis de Chems et celui du
second fils de l'auteur, Ala-E3ddin Tchelebi; cette fois-ci, Chems
disparaissait à jamais. On ignore tout de son sort, avait-il fui, ou fut-il
assassiné?
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« O Dieu! O Moi! O Toi! ma perle
resplendissante !
Que nous sommes différents
l'un de l'autre !
Je suis ton sort, je ne dors
plus !
Tu es le mien, tu ne
t'éveilles jamais."
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L'oeuvre de Mevlânâ
Grâce à son Methvéni,
Mevlânâ fut aussi connu dans le monde Occidental que dans le monde Oriental;
mais le vrai chef-d'oeuvre qui nous révèle sa propre personne, c'est le
DIVANI-KEBIR (Grande Oeuvre), ou DIVANI CHEMSI TEBRIZI.
Dans son Methnévi, les idées
ne sont pas aussi libres et aussi profondes, sans limites ni bornes, que
celles du GRAND-DIVAN. Il est certain que cette oeuvre d'une philosophie
aussi ardue que celles d'Attar a été rédigée dans une intention populaire.
Son objet, dans le Methnévi,
n'est que d'éclairer ses disciples, de les guider sur el droit chemin que le
soufisme désigne, tandis que le Grand Divan, qui contient ses odes et ses
quatrains, lui permet de traduire les aspirations les plus profondes de son
âme.
Jetons un coup d'oeil sur
rapide sur ses quatrains:
Une partie traduit les
conceptions les plus profondes de la mystique dont plusieurs nous ramènent à
des doctrines philosophiques comme anthropocentrisme, l'agnosticisme,
l'ésotérisme, le fatalisme. Ses théories réunissent toutes ces idées, en
dépit de leurs contradictions dans le cadre d'un panthéisme ou plutôt d'un
panthéisme particulier.
La plupart des autres
quatrains sont érotiques; une partie en est consacrée à l'amour pur du Vrai
(c'est à dire le Divin) et les autres à l'amour allégorique - ACHO-I-MADJAZI
- ou platonique qui consiste à transfigurer un amour humain par la clarté de
la souveraine beauté. Dans ceux-ci aussi se manifeste l'Amour de Dieu.
L'amour est le but de la vie spirituelle et de la dévotion: l'attachement du
coeur à un être humain (sans penser aux désirs charnels) conduira l'homme
vers Lui...C'est la note propre à ce genre de quatrain, en outre, nous
savons bien que le "rouba'i" est un poème qui convient on ne peut mieux pour
exprimer les idées philosophiques ou les vérités mystiques et spirituelles.
Ce qui inspire ces quatrains,
c'est l'amour, et un amour qui, pour un lecteur superficiel et inattentif,
ne parait se distinguer en rien de l'amour profane, et parfois même de
l'amour le plus sensuel.
L'aimé, comme presque toujours
dans la poésie érotique orientale, est un être dont le sexe reste
imprécis. le poète célèbre sa face ronde comme la lune, et resplendissante
comme le soleil, son oeillade assassine , sa bouche de rubis.
Cet Aimé mystérieux est l'être
qu'il faut aller chercher au delà des apparences, en dehors des objets
sensibles. "Il n'est ni en haut, ni en bas, ni en nous, ni hors de nous". Il
est par delà le Bien et le mal. Quoi qu'on le nomme, il est autre chose. En
un mot, il est Tout.
"L'Union, voilà le jardin du
Paradis. la séparation, voilà les tourments de l'Enfer"
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LE SAMA
Après la mort de SHAMS,
Mevlânâ institua le SAMA. Il invita des musiciens et enroula son turban à la
façon "chékerâwiz", et il donna aussi l'ordre de jouer du violon "à six
coins", autrement dit hexagonal (car de tous temps le rebab était carré) et
il dit : "les six angles du rebab expliquent le mystère des six angles
du monde ( c'est à dire les six points cardinaux: les quatre plus connus
plus le zénith et le nadir) , et l'élif que forme la corde du violon
explique la familiarité des esprits, par l'élif du mot Allah"Ensuite il institua le
concert, c'est à dire le SAMA.
AFLAKI dit que Mevlânâ ne
cessa de danser durant trois jours et trois nuits, au point que le fatigue
gagna progressivement les musiciens. Il fit venir son fils pour les combler
de présents et de biens, mais à la fin, tous dormaient profondément.
Néanmoins, Mevlânâ continua seul de danser.
La Musique et la Danse
constituent la spécificité de l'ordre DERVICHE jusqu'à nos jours.
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LA "NUIT DES NOCES"
Début Novembre 1273 (JC),
Mevlânâ tomba gravement malade. sa maladie dura quarante jours. le Sultan
Seljoukide, les Vizirs et les Emirs vinrent lui rendre visite, les médecins
réputés du palais veillèrent à son chevet.
Durant sa dernière nuit, il
adressa à son fils Sultan Walad, qui n'avait jamais quitté son chevet, sa
dernière prière qui est aussi son dernier poème:
"Va, et pose ta tête sur
l'oreiller, laisse-moi seul.
Quitte ce pauvre qui est
condamné et qui passe ses nuits à errer.
Les nuits, jusqu'au matin,
nous les passons à lutter, à nous débattre dans les vagues de l'Amour.
Si tu le veux, viens et
pardonne nous
Si tu le veux, va t'en et
tourmente-nous"
Le lendemain était un
dimanche, le 17 Décembre 1273. C'était une journée d'hiver froide et
ensoleillée. il mourut dans une grande sérénité, entouré de sa famille et de
ses disciples les plus proches.
"J'ai vu Dieu avec l'oeil
de mon coeur. je lui ai demandé: Qui es-tu ? Il m'a répondu: Toi"
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